Les oasis dans la Péninsule Arabique : habiter les déserts de l'Âge du Bronze à nos jours
Resource type
Author/contributor
- Blond, Ninon (Presenter)
Title
Les oasis dans la Péninsule Arabique : habiter les déserts de l'Âge du Bronze à nos jours
Abstract
Constructions humaines reposant sur des ressources en eau disponibles dans des milieux secs voire arides, les oasis ont permis aux sociétés humaines de s’affranchir – au moins partiellement – des contraintes climatiques dans des environnements réputés hostiles. Espaces de développement agricole dans des déserts ou sur des routes marchandes, les oasis ont aussi permis la fixation des populations, amenant parfois au développement d’importantes cités qui ont vu l’émergence et la diffusion des techniques hydrauliques mais ont aussi pu servir de points de relai dans l’expansion des religions (islam, zoroastrisme etc.).
Les oasis reposent sur la combinaison de trois éléments indispensables : une ressource en eau, des cultures irriguées et un habitat humain concentré autour ou à proximité de ces cultures. On retrouve ces agrosystèmes dans toute la diagonale aride, du Sahara à la Chine en passant par la Péninsule Arabique, et jusqu’en Amérique latine (Pérou, Chili). Tous reposent sur la nécessité d’une organisation socio-politique et parfois même religieuse permettant le partage de l’eau, et d’un savoir-faire technique garantissant l’accès à la ressource. En effet, sans maîtrise ni contrôle de l’eau, l’oasis risque de décliner.
Les types d’oasis diffèrent en fonction de la source d’eau qui est mise en valeur, qu’il s’agisse de sources captées dont l’eau est acheminée aux jardins par des canaux à ciel ouvert ; de la dérivation des eaux de rivières ou de cours d’eau temporaires ou pérennes, parfois en gorge ; de la captation et dérivation d’eaux de sources artésiennes (remontant sous pression) ; ou d’eau acheminée sous la surface du sol par des galeries drainantes, qu’on trouve en Iran et au Levant, au Maghreb, au Sahara, dans la Péninsule arabique ou même en Asie centrale.
Ces systèmes hydro-agricoles reposent sur une complémentarité horizontale des cultures, l’eau d’irrigation alimentant à la fois une strate basse, généralement céréalière, fourragère ou maraîchère ; une strate intermédiaire arbustive (fruitière, notamment) et une strate haute qui est celle des palmiers-dattiers, dont la valeur commerciale est aujourd’hui bien connue.
La Péninsule Arabique abrite parmi les plus anciennes oasis au monde. Ainsi, l’oasis d’Al Ahsa, dans l’est de la Péninsule, concentre des témoins d’une occupation sédentaire depuis le Néolithique jusqu’à nos jours et est actuellement la plus grande oasis au monde . L’Arabie Saoudite abrite aussi des oasis fortifiées de la fin du Néolithique, attestant l’importance stratégique de ces cultures dans l’organisation socio-économique de sociétés en cours de sédentarisation dans un contexte climatique d’aridification. Celui-ci touche aussi le reste de la Péninsule Arabique, en particulier dans sa partie méridionale (Émirats Arabes Unis, Oman). Dans le Sultanat, la présence oasienne remonte à l’Âge du Bronze mais la particularité de ces agro-hydrosystèmes tient à leur gestion collective actuelle liée à la tendance de l’islam suivie en Oman, l’ibadisme, fondée sur la consultation.
Établies dans un contexte de sédentarisation, pour répondre à une demande en production agricole en période de réduction de la pluviométrie et de raréfaction de la ressource en eau, les oasis ont traversé les temps et permis la subsistance des sociétés grâce à une gestion parcimonieuse et régulée de l’eau. Aujourd’hui confrontés au changement climatique et à des transformations rapides dues au pétrole et à la mondialisation (sédentarisations forcées au 20e siècle, passage d’une économie agro-pastorale à une économie tertiaire, progrès des pompages dans des nappes profondes, développement de l’économie de marché), ces agro-hydrosystèmes sont bouleversés, parfois surexploités, parfois délaissés. Quelques exemples sont patrimonialisés et mis en tourisme, mais la plupart des systèmes traditionnels sont abandonnés et remplacés par une culture « moderne » (irrigation par aspersion, pivots, mécanisation) et productiviste.
La conférence propose de brosser un tableau diachronique et régional de ces agrosystèmes particuliers, en évoquant leurs types, leurs fonctionnements, leurs conditions d’émergence, leurs évolutions depuis l’Âge du Bronze et leurs transformations modernes, ainsi que les défis actuels auxquels ils sont confrontés. Elle s’appuiera sur des exemples tirés de la littérature mais aussi de l’expérience de l’autrice, en particulier en Arabie Saoudite et en Oman.
Type
Conférence
Date
2026
Meeting Name
Les « Lundis de la géographie »
Place
Bordeaux
Citation Key
blondOasisDansPeninsule2026
Accessed
3/28/26, 6:37 AM
Short Title
Les oasis dans la Péninsule Arabique
Citation
Blond, N. (2026). Les oasis dans la Péninsule Arabique : habiter les déserts de l’Âge du Bronze à nos jours [Conférence]. Les « Lundis de la géographie ». https://hal.science/hal-05563377
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