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  • Le Prince, le restaurant challandais de spécialités orientales, n'a plus la frite ! La crise et la stigmatisation lassent son patron Nabil Najar, Tunisien de Djerba et francophile. Rencontre Il n'a vraiment plus le moral Nabil Najar, 54 ans. Natif de l'île de Djerba, il a plus d'années à son compteur vécues en France qu'en Tunisie, d'où il est parti à l'âge 23 ans. Longtemps Nantais, il est marié à une Française avec qui il a eu deux enfants. Restaurateur à Challans depuis neuf ans, il emploie deux mots, les chuchote comme un leitmotiv : « le retour » ! Non, il n'a plus le moral, le « Tunisien de Challans », il a même perdu son sourire éternel que lui connaissent les Maraîchins. Pourtant, il l'avait encore après les attentats de Charlie Hebdo, en janvier 2015. La rédaction l'avait alors rencontrée. Il avait été « touché par des gestes de solidarité de la part des Challandais ». Presque deux ans plus tard, Nabil constate : « Au boulot, c'est une baisse énorme qui perdure. Je ne suis franchement pas optimiste ». Fait-il des liens ? « Oui ! Le tapage médiatique et la confusion entretenue sur les musulmans font très mal. Pourtant, l'immense majorité des Musulmans n'a rien à voir avec ces barbus extrémistes. Mais je constate aussi que la crise économique s'est accélérée depuis le mois de mai. Et ça n'a pas repris ! » Il ne digère plus ! Stigmatisation, crise économique, bouleversement des valeurs aussi. « J'ai toujours cru en la multiculture, comme une richesse. » L'enfant de Djerba, jeune employé au Club Méd' de cette île, s'est alors fait des amis de toutes origines, Français, Italiens, Australiens, Américains et de toutes confessions, juifs, chrétiens, musulmans... « La France a longtemps représenté les valeurs de liberté, égalité, fraternité. J'ai longtemps cru que cette démocratie représentait un avenir juste ! Mais quand j'entends les élus politiques de droite et de gauche tenir aujourd'hui les propos de Jean-Marie Le Pen il y a vingt ans, je ne digère plus ! Tout le temps, désormais, on est ramené à nos origines, alors que je paye mes impôts ici, que j'ai toujours été un travailleur indépendant ». Et le questionnement est amer : « C'est quoi mon rôle dans cette société ? » Nabil ne croit plus du tout en ces politiques, en France et ailleurs. La Syrie ? « C'est gazoduc ! » Un problème qu'on a fait religieux, alors qu'il n'est qu'économique, il ne doute absolument pas de son raisonnement. Alors le retour ? « Ce ne sera pas facile parce qu'aujourd'hui je m'exprime mieux en Français qu'en Arabe. Je n'ai que 54 ans, mais j'ai envie de me replier. Je me croyais intégré, mais au bout du compte, je suis comme les autres. » Bon, parlons popote. Et là, les yeux de Nabil s'illuminent d'une joie soudainement revenue. Car au Prince, rue de Bois-de-Céné, c'est lui qui fait la cuisine. « Je ne fais que des couscous et des tajines de façon traditionnelle. Avec que des produits frais ! » Au total, huit couscous différents, dont le végétarien, le moins cher. Et trois tajines. Sur place ou à emporter. Et si à Noël, le Prince est fermé, il reste ouvert pour le passage de l'année. Allez courage, Nabil, 2017 sera meilleure, inch' Allah ! Le Prince, 1 bis, rue de Bois-de-Céné, ouvert le mardi, jeudi, vendredis et samedis, ainsi que le dimanche midi

  • « C’est petit je vous préviens », glisse, gêné, Momo, 54 ans, en entamant l’ascension des six étages par l’escalier de service décrépit. Depuis 2001, ce salarié d’une épicerie du XVII e loue 200 € par mois à un particulier une chambre de 6 m 2 dans un immeuble situé près de l’avenue de la Grande-Armée (XVI e). Une adresse identifiée par la Ville dans le cadre de son nouveau plan. Contraint de se laver à son travail ou aux bains-douches Le tour du propriétaire est vite expédié : un lit, une penderie en tissu, une armoire qui déborde, une télé minuscule, un frigo, un vieux radiateur électrique et un petit réchaud… « Depuis quinze ans, je suis obligé de manger sur mon lit et, évidemment, je ne peux pas recevoir mes amis », soupire Momo, qui du coup passe la majeure partie de son temps dehors. « En même temps, je travaille de 7 h 30 à 20 heures : je ne reviens ici que pour dormir », confie le quinquagénaire, payé au smic. Les toilettes sont au bout du couloir dont le parquet gondole dangereusement, tout comme un grand évier d’où ne coule que de l’eau froide. « Heureusement, il y a une douche à mon travail, poursuit-il. Et lorsque le patron refuse, je vais aux bains-douches de la mairie. » Arrivé en France il y a trente-sept ans, le père de famille a laissé à Djerba (Tunisie) sa femme et leurs quatre enfants, qu’il retrouve tous les étés. « Souvent ma femme me dit qu’elle veut voir là où je vis mais je lui réponds : jamais. » Le rêve de Momo : un studio avec sanitaires et eau chaude. La Ville a promis de l’aider à se reloger dignement s’il en formulait une demande en bonne et due forme. « Dès que j’ai un nouvel appartement, je quitte cette chambre, mais pas avant, prévient-il. Je préfère encore vivre ici qu’à la rue. » Près de l’avenue de la Grande-Armée (XVIe), samedi. Ce salarié d’une épicerie parisienne vit dans ce réduit de 6 m2 loué 200 €par mois à un particulier.

Last update: 4/28/26, 8:04 AM (UTC)