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  • La communauté ibadite du M’Zab, en Algérie, a suivi des pratiques fondées sur l’Orf (droit coutumier), administrées par des institutions traditionnelles telles que la halqa des Azzaba et la Jama’a, responsables de la gestion des affaires locales selon les valeurs de l’islam ibadite. Ce modèle de gouvernance a perduré pendant la période coloniale avec une tolérance par l’administration française, qui avait permis aux Mozabites de maintenir leurs juridictions et normes coutumières en parallèle de l’autorité coloniale, dans le cadre de la Convention de protectorat de 1853. À partir des années 1940, l’adoption d’un nouveau statut de l’Algérie unique a constitué un changement important en intégrant cette communauté à l’Algérie et ses institutions politiques (Assemblée algérienne). Cette période a été marquée par la figure du réformiste ibadite cheikh Bayoud. L’intégration fut contestée par les conservateurs ibadites, opposés à cette démarche, mais a favorisé la Convention qui protège les valeurs coutumières (Jomier, 2020). Au cours de l’indépendance de l’Algérie, les autorités en place ont refusé de réintroduire les anciennes particularités des régions berbères dans l’ordre juridique du pays, en unifiant le système législatif et institutionnel sur tout le territoire national (Cherifi, 2015). Cette démarche du pouvoir central révolta les Mozabites, notamment les conservateurs, et entraîna l’incohérence et la difficulté d’adaptation entre la culture des Ibadites et le discours national. Cela produisit une dualité institutionnelle dans la gestion des villes, entre les institutions étatiques soumises au droit national et les institutions traditionnelles soumises à l’Orf local (Goulliane, 2020). Cette réalité post-indépendance de la région du M’Zab interroge les questions politiques et juridiques de l’intégration nationale dans l’Algérie nouvelle, à la lumière du moment colonial, tant que les Ibadites ont une volonté de promouvoir l’Orf, de protéger la culture locale et de continuer à préserver les anciennes règles de l’ordre institutionnel. Pour aborder ce sujet, nous allons discuter de trois points essentiels à travers la relecture des dispositions de la Convention de 1853 (1) avant de redécouvrir les raisons de l’intégration nationale adoptée par le cheikh Bayoud et ses effets sur l’Orf local avant 1962 (2), et d’aborder l’avenir de l’Orf du Mzab après l’unification juridique et administrative à partir de la première année de l’indépendance (3).

  • Depuis septembre 2023, l’île de Djerba est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Le dossier a mis en avant Djerba comme terre de tolérance ayant permis la cohabitation de minorités religieuses du Livre depuis deux millénaires : juifs, musulmans et chrétiens. Inclus dans le périmètre du classement international, se trouvent les édifices religieux de ces minorités – synagogues, moquées, mais également les deux seules églises encore debout, témoignages de l’histoire migratoire de l’île : l’église catholique maltaise et l’église orthodoxe grecque. Le label « patrimoine mondial » a déclenché auprès des fidèles ou sympathisants de ces communautés religieuses un regain de la valeur patrimoniale de ces lieux de cultes – qui faisaient partie du paysage depuis des décennies, sans reconnaissance patrimoniale par les locaux –, ne les considérant plus uniquement en tant que tels, mais comme étant en effet représentatifs du patrimoine djerbien. Lors de la mise en place de la candidature de l’île sur la liste du patrimoine mondial, ont pu être observées des stratégies d’appropriation du discours patrimonial dominant pour le transférer sur ces deux édifices religieux, afin de leur attribuer une nouvelle notoriété en dehors de la communauté des fidèles. Cette présentation propose de présenter ce processus de reconnaissance patrimonial.

  • Dieu, la société et l’au-delà: La «voie omanaise» à l’épreuve de l’éthique «rationaliste» Quand ils ne sont pas simplement ignorés, les courants dits « libéraux » de l’islam contemporain sont fréquemment réduits à la production textuelle de quelques-uns de leurs éminents représentants. Pris entre le soupçon d’inauthenticité des chercheurs et les accusations de compromission avec l’Occident portées par leurs coreligionnaires, les musulmans « libéraux » ou « séculiers » – autant de dénominations qu’il conviendra de critiquer – restent mal connus et, le plus souvent, cantonnés à une religiosité perçue comme exclusivement livresque, intellectuelle, voire élitiste. Pour combler ce manque, mon intervention s’appuie sur une recherche ethnographique conduite au sultanat d’Oman auprès de musulmans qualifiés de « rationalistes » (‘aqlāniyyūn) et propose d’examiner les effets pratiques des nouvelles interprétations formulées par ces penseurs. Quelle subjectivation pieuse ces musulmans déploient-ils à partir de leurs relectures de la tradition islamique? Quelle éthique positive se dégage de la nouvelle forme de religiosité qu’ils élaborent, et comment celle-ci redéfinit-t-elle non seulement les pratiques d’adoration (‘ibāda), mais aussi la relation des musulmans à Dieu, à la promesse de l’au-delà (al-ākhira) et à la vie ici-bas (al-dunyā) ? Je propose d’analyser ces questions en resituant ce mouvement réformiste dans le contexte historique de son émergence, en lien avec les transformations sociohistoriques qu’a connues le sultanat d’Oman sous le règne des deux derniers sultans de la dynastie Āl Sa‘īd. En mobilisant les notions de conduite de vie, de phronesis ou encore de dispositions pratiques ou réflexives, j’examinerai les formes d’affinités électives, ou au contraire d’incompatibilités, entre les conceptions de la piété portées par ce mouvement réformiste et la citoyenneté normative valorisée par l’État omanais, notamment à travers l’expression de « voie omanaise » (al-samt al-‘umānī).

  • Cette proposition a pour cadre géographique la vallée du M’Zab, au Sahara algérien, occupée initialement par les Mozabites. La région est connue pour ses ksour historiques, au caractère architectural et paysager exceptionnel, ainsi que par des institutions propres, promouvant une auto-organisation multiséculaire et une forte solidarité sociale, qui ont joué un rôle primordial dans la survie du groupe et dans la création de « nouveaux ksour ». Les nouveaux ksour – des extensions nommées en analogie avec les ksour historiques, puisqu’ils s’en inspirent – sont des extensions urbaines dont la construction a été entreprise à partir des années 1990. L’idée était née au sein de la communauté elle-même, promue et soutenue par les notables. Il s’agissait de trouver une solution à la crise du logement aussi bien au plan quantitatif que qualitatif. La particularité de ces projets réside dans le rôle joué par la communauté et la solidarité sociale depuis la naissance de l’idée, le choix de la population, la conception des projets, la gestion du chantier, les montages financiers, jusqu’à la gestion du projet après son occupation. L’idée est donc de revenir sur la façon dont une communauté (avec ses institutions traditionnelles) a pu répondre à un besoin (le logement) qui est à la base parmi les prérogatives de l’État ? En mettant en place quels dispositifs, et en engageant quels compromis ?

  • Depuis septembre 2023, l’île de Djerba figure sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Ce projet d’inscription a émergé dans un contexte politique marqué par une transition démocratique, à la suite de la révolution de 2011. Deux acteurs principaux ont pris part à cette initiative : l’État, qui a vu dans le projet d’inscription l’occasion de poursuivre ses objectifs de développement culturel et économique, et l’Association de sauvegarde de l’île de Djerba, soucieuse de préserver le patrimoine pluriculturel et millénaire de l’île, menacé par la spéculation foncière et l’urbanisation croissante liées à l’économie touristique locale. Bien que les deux parties poursuivent un objectif commun, leurs motivations sont contradictoires. Cette présentation s’intéressera à la manière dont un projet commun, nourri de motivations opposées, transforme la promotion de l’île comme « patrimoine mondial » en un outil à la fois de valorisation patrimoniale et touristique. L’objectif est de mettre en lumière la polysémie du concept de « patrimoine culturel djerbien » tel qu’il est interprété par les différents acteurs interrogés, afin de comprendre les enjeux politiques, économiques, territoriaux, identitaires et sociaux sous-jacents.

  • This panel brings together scholars and specialists to explore an Arabic and Berber (Amazigh) manuscript tradition, with a focus on codicology and cataloguing. It examines how these texts were created, circulated, and preserved, offering a glimpse into the morphological and paleographical strategies that allow us to learn about northwest Africa’s literary heritage. The panelists will collectively consider how we define the fields of Arabic and Amazigh manuscript studies through an interdisciplinary approach, challenging traditional binaries and exploring how Arab and Berber communities engaged with shared material practices over the centuries. Through this discussion, the panel aspires to generate new frameworks for understanding the historical and cultural significance and legacy of these sources.

  • "Le patrimoine culturel de la région de Jerba et de Zarzis, est d'une richesse exceptionnelle, à la fois en termes d'architecture, d'artisanat, et de traditions vivantes. Cependant, une grande partie de cette histoire est restée méconnue ou sous-documentée, souvent à cause de l'absence de sources visuelles systématiques et de l'évolution rapide des paysages et des structures archéologiques au fil du temps. C'est dans ce contexte que les collections photographiques du Musée du Bardo, notamment les négatifs en plaques de verre conservés dans ses archives, jouent un rôle clé. Ces images historiques constituent non seulement un témoignage précieux de l'état du patrimoine tunisien à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, mais aussi une source indispensable pour la compréhension et la préservation de ces sites aujourd'hui. Il s’agit d’un témoignage visuel unique qui capture l'architecture, les monuments et les scènes de la vie quotidienne dans la région de Jerba et Zarzis, avant que la modernisation ne modifie profondément ces espaces. En effet, ces images offrent une vue directe sur des éléments patrimoniaux aujourd'hui disparus ou altérés. En présentant ces photographies, cette étude permettra de mettre en lumière des aspects du patrimoine matériel et immatériel de cette régions, notamment les vestiges de la période antique à travers les fouilles, des artefacts comme la mosaïque, la sculpture ainsi que les mosquées et les pratiques artisanales spécifiques à ces lieux. Par ailleurs, ce travail de recherche propose une réflexion sur l’importance de la numérisation et de la gestion des archives photographiques dans la sauvegarde du patrimoine. Elle ouvre aussi la voie à de nouvelles recherches interdisciplinaires, combinant archéologie, histoire, et études visuelles, afin d'approfondir notre compréhension du patrimoine de Jerba et de Zarzis. Enfin, elle souligne la nécessité de rendre ces ressources accessibles à un large public, qu'il s'agisse de chercheurs, de touristes ou des habitants de cette régions eux-mêmes."

  • "Plusieurs, sont les hommes d’origine djerbienne, qui ont marqué, la scène nationale, mais ceux qui ont animé les devants de la scène internationale, sont rares. Parmi ces rares hommes on cite feu Béchir Ben Yahmed, qui pendant plus de soixante années a pu animer la presse internationale et tisser des « réseaux invisibles » d’influence politique sur tout le continent africain et dans le Monde arabe. Né en 1928 à Djerba, Béchir Ben Yahmed aurait dû être épicier, comme son père, mais grâce à ses qualités multiples : une intelligence exceptionnelle, son ouverture, son réalisme et sa vocation pour le savoir et surtout son art d’écouter l’autre … etc., il a pu acquérir une place dans la cour des Grands. En effet, il a été un acteur majeur de l’indépendance tunisienne, le confident et le bras droit de Habib Bourguiba lors des négociations sur l’autonomie interne à Paris (de 1954 à 1955) puis sur l’indépendance totale en 1956, puis son jeune ministre de l’Information (à 28 ans). Il aurait pu ne faire que de la politique et viser haut, mais sa conviction que la liberté de la presse soit le véhicule de la liberté d’opinion et par-delà de la liberté de penser, l’a poussé à démissionner du gouvernement tunisien pour lancer son propre journal ’’Afrique Action’’ à Tunis (le 17 octobre 1960) et ‘‘Jeune Afrique’’ à Rome (le 21 novembre 1961 puis à Paris à partir de 1965), où dans ses articles parricides, il fulminait contre le gouvernement personnel de Bourguiba et son parti unique au pouvoir, le Néo- Destour. BBY entendait, bien que présent à la cour, il n’était pas là pour courtiser, ni pour faire de la figuration. L’important pour lui est de participer, mais il est tout aussi essentiel de prendre part à « l’action » et de ne pas taire ses pensées. Patron de presse à Paris avec son magazine ‘‘Jeune Afrique’’ destiné pour tout un continent à peine sorti des nuits coloniales, il savait que cela a un prix, soit l’ambition pour un si noble dessein de vie, ou bien la soumission totale aux régimes mis en place en Afrique et dans les pays arabes au lendemain des indépendances nationales. À travers ses mémoires posthumes intitulés « J’assume », ses éditoriaux, ses entretiens durant près de soixante années de presse avec les leaders et les chefs d’états africains et asiatiques : Habib Bourguiba, Mohamed Masmoudi, Ben Ali, Mohamed V, Hassen II, Léopold Sédar Senghor, Abdou Dhouif, Ahmed Ben Balla, Haouari Bou Mediane, Abdelaziz Boutaflika, Ahmed Ben Salah, Ho Chi Minh, Laurent Gbagbo … etc., ainsi que les témoignages de ceux qui l’ont côtoyés et collaboré avec lui : Abdelaziz Dahmani, Ridha Kéfi, Souhir Belhassen, François Soudan, Paul Balta…, nous envisagerons retracer le parcours de ce « militant » politique et précurseur de l’information dans tout le Tiers Monde. Par la suite, nous essayons de répondre à une question pertinente qui ne cesse de se poser : comment ce journaliste Djerbien a pu transformer le siège de son magazine ‘‘Jeune Afrique’’ (sis à 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris) en « un réseau d’influence politique », non seulement en Tunisie, mais aussi dans les pays arabes et le Monde afro- asiatique francophone et établir des relations étroites avec leurs rois et chefs d’états, ainsi qu’avec leurs opposants et contribuer parfois à faire tomber certains régimes? De même pour les chefs d’états français : Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand et surtout Jacques Chirac…, avec lesquels il a eu des entretiens et des relations amicales. Enfin, à travers une analyse profonde des éditoriaux de ce pionnier de la presse libre : « Ce que je crois », nous tentons de saisir ses points de vue sur les principales questions d’ordre national, maghrébin, africain et arabo- musulman, notamment sur la cause palestinienne et voir à tel point ses écrits étaient réalistes et bien fondés. Dans ce sens et dans un de ses articles intitulé ‘‘ L’impossible Etat palestinien ’’ (l’éditorial de Jeune Afrique du 24 octobre 2014), BBY avait écrit à l’encre vive : « … Il faudra bien, à un moment, procéder à cette reconnaissance », mais en connaissance des rouages politiques en Occident, il était persuadé que la reconnaissance de l’Etat palestinien était « impossible !»."

  • Les récits historiques de la conquête arabe de l'Afrique du Nord décrivent l'île de Djerba comme ayant été conquise par Ruwayfiʿ b. Thābit al-Anṣārī à la fin des années 40/660. Cependant, les références à la présence arabe à Djerba dans les années et les décennies qui ont suivi cette conquête sont rares. Le commerce maritime et les opérations de razzia sont devenus de plus en plus importants pour la domination arabe en Ifrīqiya, de même que le rôle des îles méditerranéennes proches de la province, mais Jerba semble presque sans rapport avec ces opérations. Et bien qu'au IIIe/IXe siècle, l'île apparaisse comme un centre de présence musulmane, les musulmans dans ce cas n'étaient pas des descendants des conquérants arabes, mais des Nukkārī Ibāḍīs, qui étaient associés à l'opposition à la domination impériale. Cet article passe en revue les preuves littéraires et archéologiques de la présence arabe à Djerba au début de la période islamique, et les met en relation avec l'importance de l'île pour la domination impériale arabe en Ifrīqiya. Étant donné l'ambiguïté des sources, est-il réaliste de parler d'une conquête arabe de Djerba au 1er/7e siècle ?

  • Pendant des siècles, depuis l’arrivée de l’Islam dans l’Afrique du Nord, la langue berbère a été le moyen principal pour l’étude et la diffusion des fondements de la religion parmi la population, quand la plupart des individus étaient illettrés et ne connaissaient pas la langue arabe, notamment dans sa variété « classique ». Au fil du temps, la prévalence de la langue arabe au Maghreb et la diffusion de l’instruction ont modifié la situation, et la plupart des textes religieux anciens sont désormais transmis en traduction, et les nouveaux sont composés en langue arabe. Toutefois, jusqu’à très récemment, une tradition littéraire orale en langue berbère, réservée aux illettrés, a demeuré vivante jusqu’à très récemment et a été partiellement sauvée de l’oubli. Dans cette communication, on va présenter le rôle de Djerba dans la diffusion et le maintien de ces traditions, prenant en considération deux ouvrages : le Kitāb al-Barbariyya, un long ouvrage de jurisprudence ibadite remontant au Moyen-Âge et le poème religieux Tmazixt, composé oralement par un savant jerbien au début du 19ème siècle et gardé dans la mémoire et dans quelques notes écrites des contemporains.

  • Les régions de Gerba, du Mzab et du Djebel Nefoussa, toutes liées à la tradition ibadite, présentent des convergences marquées sur les plans historique, religieux et littéraire. Ces communautés, issues d’une migration pour échapper aux persécutions, ont partagé une organisation sociale centrée sur les valeurs de justice, d’égalité et de consultation (shura). Leur patrimoine religieux se reflète dans l’architecture simple et fonctionnelle des mosquées, ainsi que dans une riche production manuscrite portant sur la théologie et le droit islamique. Par ailleurs, ces zones ont entretenu des échanges économiques et culturels dynamiques, favorisant la préservation et la diffusion de l'identité ibadite. Cet article explore les mécanismes qui ont permis à ces régions de maintenir une cohésion spirituelle et culturelle au fil des siècles.

  • La présente communication se veut une étude des principales spécificités du siège épiscopal de Girba en problématisant les questions suivantes. D’abord, les facteurs de l’éclosion et de l’importance de ce siège qui soit le premier évêché de la Proconsulaire méridionale, avec celui de Capsa, présents dans les Sententiae episcoporum du concile de saint Cyprien de l’an 256 ap. J.-C. Ensuite, les évêques catholiques, maximianistes et donatistes de cet évêché mentionnés par les sources ecclésiastiques entre 256 et 523. Puis, nous examinons le rôle et les activités missionnaires du siège en question au sein de la province ecclésiastique de la Tripolitaine. Dans ce cadre, on se propose de revenir sur le concile de Iunca, réuni en 523, lorsque le primat de la Byzacène Liberatus envoya des légats à Boniface de Carthage. Ils demandèrent que l’évêque de Girba fût averti d’avoir à renoncer à ses empiétements sur le diocèse de Tamalluma. À partir de cet évènement, l’accent sera mis sur le champ d’action du diocèse de Girba. Partant, nous évoquons les efforts d’évangélisation menés par les évêques Girbitains dans les agglomérations avoisinantes où se formèrent les sièges de Carcabianensis plebs, Putae Pallene et Hr. Goraat Ez-zid. Enfin, nous focalisons sur l’imprécision des limites ecclésiastiques entre la Byzacène et la Tripolitaine et sur la problématique de l’appartenance du diocèse de Girba à la Tripolitaine ecclésiastique. Elle n’est pas certaine si l’on croit le récit de Victor de Vita qui ne considère pas Urbanus de Girba, exilé sous les ordres de Genséric, parmi les évêques de Tripolitaine.

  • "Après une très longue période où le corpus des sources littéraires arabes sur la Djerba musulmane précoce était restés quasiment inchangés, l’édition du « Petit Idrisi » – Uns al-muhaǧ wa-rawḍ al-furaǧ (« La convivialité des cœurs et les jardins de la réjouissance ») – par Jean-Charles Ducène (2010) permet de nombreuses clarifications et n’a pas encore été pleinement utilisée. D’autant plus que les cartes qui accompagnent ses manuscrits du XVIIe siècle aident à réinterpréter les cartographies connus plus anciens. La conférence vise à réinterroger ces deux types de sources en vue des problématiques suivantes : (1) les communications de l’île le long de la côte par terre et maritime, (2) les relations sahariennes caravanières et (3) son organisation politico-religieuse ou, le plus souvent, son intégration dans des structures politiques plus larges. Dans toutes ces questions, l’intérêt se porte sur la place changeante de Djerba dans la vie économique régionale, et plus particulièrement sur son importance pour le commerce à longue distance. L’enquête s’étend des géographes de l’époque dite classique jusqu’à al-Idrīsī, Yāqūt et al-Ḥimyarī (fl. 1326-7). De plus, en tenant compte de l’attention relative que les auteurs accordent aux villes commerciales environnantes, notamment Gabès, Tripoli et Ghadamès, la pauvreté des informations sur Djerba elle-même devrait également pouvoir être évaluée en tant que témoignage implicite."

  • "Ras al-Jabal, agglomération du nord-est tunisien, comptait au milieu du XIXème la communauté Djerbienne la plus importante, du point de vue nombre, de tout le nord tunisien (mis à part le Cap Bon). L’étude portera sur cette « communauté Djerbienne » «الجرابة جماعة», et traitera la problématique annoncée au niveau du titre « Djerbi… de Ras al Jabal » : avec cette dualité de deux identités, de deux contextes géographiques, qui a priori font des « Djeraba » une communauté distincte, mais paradoxalement cette affiliation à l’île de Djerba est dissimulée voire disparait en faveur d’une autre ; celle de la localité adoptive Ras al Jabal «أهل بلد رأس الجبل من ». Une première partie sera consacrée à retracer l’historique de la présence des Djeraba à Ras al Jabal, à l’étude de la composition de la communauté, à son poids démographique, à son « Cheick » ainsi qu’aux santons vénérées par certaines familles Djerbiennes. Une deuxième partie sera consacrée à tous les éléments qui soulignent l’intégration des Djeraba dans la terre adoptive Ras al Jabal. Une intégration sociale et culturelle/cultuelle. Une intégration dans le tissu économique. Une implication notable dans la gestion des affaires administratives et fiscales locales. Concernant le cadre chronologique ; l’étude couvre la période allant du XVIIIème, avec les premiers témoignages de la présence Djerbienne à Ras al Jabal, jusqu’au milieu du XXème."

  • "Une prospection pédestre menée sur l’île de Djerba a révélé une occupation humaine remontant à la Préhistoire. Les traces mises en évidence comprennent du matériel lithique limité, provenant de cinq stations. Cette rareté pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment l’utilisation de matériaux périssables pour la fabrication d’outils, ou encore l’abondance de mollusques, qui auraient pu constituer une ressource utilitaire privilégiée pour les communautés humaines de l’époque. En comparaison, les découvertes lithiques réalisées sur l’île de Kerkennah sont significativement plus abondantes, suggérant des différences dans les modalités d’occupation. Sur Djerba, la faible densité de matériel semble indiquer des occupations saisonnières, probablement influencées par des conditions environnementales spécifiques, telles que des difficultés d’accès ou des contraintes climatiques. Les données archéologiques recueillies sur Djerba permettent toutefois de situer ces occupations préhistoriques entre le Paléolithique moyen et l’Épipaléolithique. Une comparaison avec la presqu’île de Zarzis met en lumière des différences notables. Contrairement à Djerba, Zarzis présente une densité importante de sites archéologiques, répartis autour des sebkhas et le long des côtes sableuses. Ces découvertes témoignent d’installations plus permanentes, probablement rendues possibles par des conditions environnementales plus favorables, telles qu’une diversité accrue de ressources naturelles. Cette disparité entre les deux régions reflète les contrastes marqués entre un milieu insulaire, propice à des occupations temporaires et opportunistes, et un milieu continental, offrant des conditions plus stables et propices à l’établissement de communautés humaines sur le long terme."

  • Par sa position insulaire Djerba avait, à toutes les époques, une vocation autonomiste vis-à-vis des pouvoirs continentaux, mais, en contrepartie, elle n’a cessé d’être convoitée par les envahisseurs et corsaires de tout bord qui l’attaquaient par mer. Cette situation s’est aggravée durant les XIVème et XVème siècles à la suite de l’occupation de l’île par les siciliens depuis 1289 (Roger Doria occupe Djerba et les îles Kerkennah). Ces îles seront placées sous la suzeraineté pontificale, lorsque Boniface VIII accorde les îles en fief héréditaire à Roger Doria (Traité du 11 août 1295). Depuis, et pour les deux siècles qui suivent, Djerba sera le théâtre d’une dizaine de batailles, soit pour repousser des incursions, soit pour tenter de se libérer du joug des chrétiens. Pour réécrire, l’histoire de Djerba à cette époque, nous ne pouvons pas nous appuyer uniquement sur nos sources arabes qui, sans exception, se limitent à décrire une ou deux batailles où le sultan hafside était le principal acteur, même les dates citées à l’occasion manquent de précision. Ainsi, on est dans l’obligation d’utiliser les sources latines de l’époque : traités de paix, bulles pontificales, échanges épistolaires, ainsi que quelques chroniques dont la principale est la Chronique de Ramon Muntaner. Dans cette communication nous allons soulever plusieurs problèmes telle que la « réalité » de la présence chrétienne sur l’île et sa durée ? Les rapports entre Djerba et la Sicile/la couronne d’Aragon/la papauté ? Quand est-ce que la présence chrétienne a définitivement disparu (1496 ? selon une source latine).

  • L'historiographie consacrée à l'île de Djerba a tendance à insister sur les caractères locaux de l'identité insulaire, sur les aspects liés à la diversité confessionnelle et théologique, ou sur les rapports entre l'île et son hinterland en matière tant de commerce que d'organisation des pouvoirs. Cette communication se propose d'explorer une dimension potentiellement complémentaire de celles-ci, autour de la thématique de l'appartenance à l'ensemble ottoman et de la manière avec laquelle non seulement Djerba s'insère dans ce cadre, mais également avec laquelle l'étude des spécificités djerbiennes permet d'interpréter la nature même de l'ottomanité. L'accent est mis dans ce travail sur la dimension archivistique, autour notamment des fonds stambouliotes, ainsi que sur la communication entre l'île et d'autres espaces impériaux et insulaires ottomans, notamment dans la mer Égée.

Last update: 4/28/26, 8:04 AM (UTC)

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