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Dieu, la société et l’au-delà: La «voie omanaise» à l’épreuve de l’éthique «rationaliste» Quand ils ne sont pas simplement ignorés, les courants dits « libéraux » de l’islam contemporain sont fréquemment réduits à la production textuelle de quelques-uns de leurs éminents représentants. Pris entre le soupçon d’inauthenticité des chercheurs et les accusations de compromission avec l’Occident portées par leurs coreligionnaires, les musulmans « libéraux » ou « séculiers » – autant de dénominations qu’il conviendra de critiquer – restent mal connus et, le plus souvent, cantonnés à une religiosité perçue comme exclusivement livresque, intellectuelle, voire élitiste. Pour combler ce manque, mon intervention s’appuie sur une recherche ethnographique conduite au sultanat d’Oman auprès de musulmans qualifiés de « rationalistes » (‘aqlāniyyūn) et propose d’examiner les effets pratiques des nouvelles interprétations formulées par ces penseurs. Quelle subjectivation pieuse ces musulmans déploient-ils à partir de leurs relectures de la tradition islamique? Quelle éthique positive se dégage de la nouvelle forme de religiosité qu’ils élaborent, et comment celle-ci redéfinit-t-elle non seulement les pratiques d’adoration (‘ibāda), mais aussi la relation des musulmans à Dieu, à la promesse de l’au-delà (al-ākhira) et à la vie ici-bas (al-dunyā) ? Je propose d’analyser ces questions en resituant ce mouvement réformiste dans le contexte historique de son émergence, en lien avec les transformations sociohistoriques qu’a connues le sultanat d’Oman sous le règne des deux derniers sultans de la dynastie Āl Sa‘īd. En mobilisant les notions de conduite de vie, de phronesis ou encore de dispositions pratiques ou réflexives, j’examinerai les formes d’affinités électives, ou au contraire d’incompatibilités, entre les conceptions de la piété portées par ce mouvement réformiste et la citoyenneté normative valorisée par l’État omanais, notamment à travers l’expression de « voie omanaise » (al-samt al-‘umānī).
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Depuis la révolution de l’imprimé, introduit par les Omanais dans l’île de Zanzibar au tournant du XXe siècle, jusqu’à celle d’internet et des réseaux sociaux un siècle plus tard, l’émergence de la figure de l’intellectuel (al-muthaqqaf) semble liée à celle de la sphère publique, comprise comme le lieu où se médiatise la réflexion de la société sur elle-même. Ce travail de thèse, adossé à une enquête ethnographique de dix-huit mois, entend donc réfléchir la place et le rôle des intellectuels omanais contemporains au sein de la sphère publique, et ceci à l’aune du souci politique manifesté par l’État dynastique des Āl Sa‘īd pour « l’opinion publique » (al-ra’y al-‘ām) de sa population. Cette thèse propose ainsi une ethnologie de la vie intellectuelle au Sultanat d’Oman qui s’attache dans un premier temps à restituer la genèse et la structuration de cette sphère publique depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. L’étude des carrières et des sociabilités intellectuelles au sein d’un espace thématisé dans les termes conceptuels d’un « jeu intellectuel » permet, dans un deuxième temps, de réfléchir les conditions spatiales et matérielles de possibilité de la vie intellectuelle ainsi que ses limites, contrainte d’un côté par la répression politique de l’État et, de l’autre, par le contrôle social adossé aux logiques réputationnelles de l’honneur et de la honte, encore prééminentes dans une société tribale. Car qu’ils soient « traditionalistes » (taqlīdiyyīn), « rationalistes » (‘aqlāniyyīn) ou « libéraux » (lībrāliyyīn), qu’ils écrivent des romans, des poèmes ou des essais, les intellectuels omanais n’ignorent pas les limites qui restreignent l’acceptabilité de leurs discours et de leurs paroles dans la sphère publique. Ils savent que l’État omanais les surveille, les écoute, les lit, et que s’il rend en partie possible leurs carrières par la redistribution de la rente pétrolière sous la forme d’emplois publics, il les oriente aussi en retour, selon la logique de la gouvernementalité sultanienne de la main d’or et de la main de fer, qui réserve à chacun, selon sa loyauté, les plaisirs ou les peines, les rétributions ou les condamnations qui font respectivement « l’intellectuel d’État » (muthaqqaf sulṭawī) et « l’intellectuel critique » (muthaqqaf naqdī). La troisième partie de cette thèse permet cependant de voir comment certains intellectuels parviennent à inventer des espaces de liberté située et à visibiliser des orientations intellectuelles, religieuses ou politiques dans la sphère publique. Ce faisant, ils s’efforcent de penser l’historicité et la conflictualité politique de leur société en contradiction avec la vision d’une nation sans divisions, consensuelle et harmonieuse, qui est celle de l’idéologie de la naḥda (« la renaissance ») promue par l’historiographie officielle.
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